Le Maghreb et la Méditerranée, terrains d’investissement des banques françaises

La Société Générale a été la première banque française à s’installer en Algérie. C’était  le 29 mars 2000. Depuis, Société Générale Algérie (SGA) emploie quelque 270 personnes et pour- suit un ambitieux programme de développement qui devrait conduire à la création, d’ici à 2007, d’une quarantaine d’agences à travers l’ensemble des principales villes d’Algérie. Durant la même année, la filiale du groupe Banque populaire Natexis (créée en 1999) s'installe à Alger et s'oriente exclusivement vers les entreprises en axant sa politique sur le financement des importations et exportations.

Deux années plus tard, en février 2002, c’était autour du groupe bancaire BNP Paribas de créer une filiale en Algérie. BNP Paribas El Djazaïr, c’est son nom, compte actuellement plus de 160 collaborateurs. Elle recrute chaque mois, selon son P-DG, François Edouard Drion, 10 à 15 personnes en Algérie, et dispose d’un chiffre d’affaires (en 2004) de  1,3 milliard de dinars. Le volume de ses crédits par caisse est de l’ordre de  8 milliards de dinars, et les dépôts clients en dinars représentent plus de  14 milliards.

BNP Paribas El Djazaïr se positionne aujourd’hui parmi les premières banques privées du pays avec 1200 clients entrepris et plus de 3000 clients particuliers. Fin 2005, elle a été rejointe par Cetelem Algérie, une société de la filiale crédit Cetelem du groupe BNP  Paribas, qui compte vendre des «solutions de financement sur points de vente». «La distribution moderne et organisée se développe, et les besoins d’équipement des ménages algériens sont très forts», explique M. Lepichoux (voir entretien), son directeur général, qui mise notamment sur le développement des marchés automobile (120 000 voitures neuves en 2004) et de la distribution traditionnelle (meubles, électroménager). L’arrivée de cet opérateur, fin novembre, intervient dans un contexte d’intérêt des autres banques françaises aux réformes en cours dans le paysage bancaire algérien. La privatisation, courant 2006 du Crédit populaire d’Algérie (CPA), observe-t-on à ce sujet, «aiguise» déjà leur appétit. Le dossier serait examiné par la Société Générale,  BNP Paribas, le Crédit Agricole et le Groupe Banque Populaire. Ce déploiement en Algérie, affirme-t-on dans les milieux financiers, concerne plus généralement le bassin méditerranéen, devenu  un «terrain de chasse» des banques françaises. Le pourtour méditerranéen, où seulement 20 à 25 % de la population sont «bancarisés» de façon stable, représente un «formidable relais de croissance», alors que le marché français a atteint sa pleine maturité, explique à ce sujet Nicolas Lioliakis, consultant chez Mercer Oliver Wyman. De plus, «le Maghreb est francophone et, historiquement, c’est un marché où les banques françaises ont pris pied», ajoute-t-il. Dernière opération en date : Crédit Agricole SA a pris, en janvier 2006, le contrôle de la troisième banque de détail égyptienne, l’Egyptian American Bank (EAB).

BNP Paribas, qui a acquis 50 % de la banque turque TEB en juin, a revu à la hausse son objectif d’ouverture d’agences dans le bassin méditerranéen et la région du Golfe. La banque souhaite «profiter d’un contexte politique et économique plus favorable, notamment du fait des réformes en cours», a expliqué récemment à l’AFP Jean-Jacques Santini, responsable de la banque de détail à l’international (hors Etats-Unis). La Société Générale n’est pas en reste. Elle est devenue, durant l’été 2005, «la première banque à capitaux privés» en Egypte grâce à l’acquisition de la banque  publique MIB qui sera fusionnée «à terme» avec la NSGB dont elle possède  78 % des parts depuis 2004. Elle revendique un million de clients dans le pourtour méditerranéen (hors Grèce), où elle  emploie 6000 personnes. BNP Paribas, éconduite pour le rachat de la MIB, convoiterait désormais la Banque d’Alexandrie (7 % des dépôts), dont la privatisation est prévue pour le début de cette année. La Caisse d’Epargne, quant à elle, s’est concentrée plutôt sur le Maroc. Après son échec sur la BMCE en octobre 2003, elle va investir dans le crédit immobilier et hôtelier.

«L’objectif est de faire évoluer le crédit immobilier et hôtelier vers un modèle de banque de détail dédiée à la famille, avec un rôle important à jouer dans la dynamisation de la bancarisation du Royaume du Maroc », a expliqué la banque.

Source : "Partenaires" N° 59 du Janvier 2006" ,  Mensuel de "la chambre française du commerce et d'industrie en Algérie"