Les assurances, un marché modeste et des produits à promouvoir

Très faible profitabilité, stagnation qualitative de l’offre et essoufflement du marché, le secteur des assurances en Algérie semble connaître aujourd'hui les limites d’une ouverture dont les conséquences étaient pourtant perceptibles dans les années 1990 à travers, notamment, la multiplication des acteurs publics et privés. Le constat des professionnels est sans équivoque : la tendance actuelle est à la baisse générale des rendements financiers des compagnies d’assurances ainsi qu’à l’inadaptation de leurs produits et aux baisses tarifaires injustifiées qu’elles pratiquent.

En termes quantitatifs, bien que le chiffe d’affaires a connu une progression constante depuis 1995, passant de 13,6 à 36,6 milliards de dinars en 2004, le développement du marché en termes de multiplication des acteurs, de diversification de l’offre et de compétition sur la qualité des prestations reste insuffisant. Outre le taux de rémunération du marché qui est passé, quant à lui, de 12 % en 2000 à seulement 4 % aujourd’hui, la désorientation de la concurrence s’est traduite par la compétitivité des compagnies sur les prix et non pas sur la diversification des produits ou la qualité des prestations. De plus, malgré toute l’importance qui lui a été accordée lors de la libéralisation du marché, l’assurance personnes a connu un très faible développement, ne dépassant pas un taux de 5 %, au moment où les assurances dommages ont atteint un taux de 95 %. Quant à la branche automobile, bien qu’elle représente le gros du portefeuille des compagnies d’assurances avec un taux de 65 % du chiffre d’affaires, les experts affirment que la gestion défaillante qui caractérise cette branche reflète l’une des principales causes qui ont fragilisé les assurances personnes en Algérie. Mettant en cause principalement le volet des indemnisations, ces mêmes experts relèvent le non-respect flagrant des compagnies d’assurances quant à leurs engagements contractuels et une prestation de service médiocre ayant discrédité l’ensemble du secteur aux yeux des citoyens.

Outre le nombre extrêmement élevé de sinistres non réglés au niveau des agences, le problème du montant de l’indemnisation laissé à la seule appréciation des experts de l’évaluation, les professionnels du secteur parlent de «transgression sournoise des mécanismes d’indemnisation et de dérive lente vers un retour illégal à la responsabilité pour faute».
Considérant le secteur des assurances comme étant un instrument important de développement économique et social du pays, les autorités du pays et le législateur plus particulièrement ont jugé nécessaire de procéder aujourd’hui à une révision de l’ordonnance 95-07 relative à l’assurance. Une nouvelle loi vient ainsi réformer ce secteur et le soutenir pour en faire un instrument doté de moyens institutionnels favorables à son développement. Cette réforme consiste à poursuivre la libéralisation du secteur en permettant l’installation de succursales de compagnies étrangères, à développer les assurances de personnes en organisant la séparation juridique entre l’assurance de personnes et l’assurance dommages, à améliorer la gouvernance du secteur (en consacrant la séparation entre les différentes fonctions) et à protéger et renforcer les droits des assurés. Aussi la nouvelle loi prévoit-elle de parfaire la sécurité financière des entreprises en instituant la libéralisation totale du capital de la société préalablement à l’agrément.

Ainsi, le niveau du capital social sera ajusté en fonction de la nature des branches pour lesquelles il est demandé un agrément. Les participations des établissements financiers et banquiers dans le capital des sociétés d’assurances seront également régulées pour éviter les risques systémiques. Enfin, pour ne plus permettre la répétition des dérives que le secteur a connues ces dernières années, il sera question de retenir une définition très restrictive de l’assurance caution dans l’intérêt des compagnies mais surtout dans celui des clients et des assurés en général. Ces derniers, dont les professionnels du secteur attendent une plus grande implication, doivent d’abord être entièrement mis en confiance par les assureurs soucieux d’élever la profession au niveau des standards internationaux.

Source : "Partenaires" N° 59 du Janvier 2006", Mensuel de la chambre française du commerce et d'industrie en Algérie"